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Federer contre Del Potro… et contre la vidéo

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L’arbitrage humain possède l’avantage de ses inconvénients. Fait par une personne physique,  il peut être victime d’erreurs d’interprétation, de méconnaissances d’une règle voire même de malhonnêteté. Il a au moins le mérite de pouvoir être débattu, souvent inutilement certes, laissant la place à un échange et à la matérialisation d’une frustration. L’hypothétique injustice définitive et incontestable peut, en revanche, avoir de grandes conséquences sur le déroulement d’une rencontre sportive. Roger Federer le sait, lui que la vidéo a sans doute privé du titre à l’US Open 2009.

 

Une finale prometteuse

Sur le papier, l’opposition entre Roger Federer et Juan Martin Del Potro apparaît plutôt équilibrée. Le Suisse a vécu un tournoi relativement tranquille dans les premiers tours, même s’il laisse un set en route contre Lleyton Hewitt. La seule véritable alerte arrive en quarts de finale quand, après avoir réussi l’un des plus beaux sets de sa carrière, il fait face à un Robin Soderling qui se met à bombarder les lignes. Federer passe proche de devoir jouer un cinquième set mais s’en sort finalement à l’expérience. En demie, il écœure Djokovic et réussit au passage un coup entre les jambes devenu célèbre.

Del Potro vit également un 3e tour délicat, face au fantasque et même complètement frappadingue Autrichien Daniel Köllerer, depuis suspendu à vie. Là aussi ça passe en quatre manches, mais c’est une première alerte. En quarts, c’est Marin Cilic qui arrive à arracher le set initial, mais n’existe pas dans les trois suivants. Puis vient la leçon : un terrible 6-2 au cube envoyé dans les dents d’un Nadal diminué mais aussi complètement détruit par la puissance de Del Potro.

L’expérience joue pour Federer, mais l’impression laissée par le prometteur Argentin au tour précédent a laissé le monde du tennis sous le choc. Une seule question, pourra-t-il reproduire un tel niveau de jeu dans le contexte particulier d’une première finale de Grand Chelem ?

 

A sens unique

Comme face à Soderling, le numéro 1 mondial ne perd pas de temps et fait le break d’entrée. Sans être nécessairement parfait dans le jeu, sa longueur de balle empêche Del Potro de dicter le rythme de la rencontre et de prendre confiance. Le set initial est bouclé 6-3 alors que l’Argentin a sauvé 8 balles de break et ne s’en est procuré aucune. Un score presque trop gentil donc, et une domination rapidement confirmée par un nouveau break d’entrée de deuxième manche.

Petit à petit, les échanges se font de plus en plus nombreux et longs, Del Potro rate de moins en moins mais il ne parvient pas à concrétiser ses occasions de revenir au score. Et comme il doit également se battre pour sauver sa mise en jeu et ne pas perdre définitivement pied, difficile d’être optimiste sur ses chances de réussite. 6-3, 5-4 30-0 après une heure et demie de jeu, tout se passe pour le mieux pour le Suisse.

 

Les millimètres de la discorde

Alors que les millions de témoins ne deviennent plus que 23 000, la faute à une perte du signal vidéo partout dans le monde, la partie continue de plus belle. Et Juan Martin Del Potro, toujours vaillant, remporte deux superbes points qui ne resteront dans les mémoires que via des ralentis tronqués. Pas question pour autant de revoir les pronostics, ce genre de problème se réglant souvent par Federer à grands coups de premières balles.

Roger va aller casser la gueule de la machine.

C’est alors qu’arrive le point. Ce qui sera le coup du match, qui fera basculer une rencontre jusque-là déséquilibrée. Après son service, Federer enchaîne par une attaque de coup droit. Son adversaire répond par un improbable coup sans préparation d’une puissance extrême, pris quasiment de demi-volée, qui vient frôler le couloir. « OUT » hurle la juge de ligne, idéalement placée. Le challenge est instantanément demandé, ce serait dommage de se priver vu le moment de la partie. L’image se rapproche petit à petit et le verdict est implacable : ça touche. De peu, mais ça touche.

Le public et les commentateurs sont étonnés, Federer très énervé. Lui qui avait déjà été victime d’une décision vidéo qu’il jugeait injuste en finale de Wimbledon 2007, criant sur le court, au milieu d’insultes, que le hawk-eye devait être supprimé. Sur cet incident, il déclarait après le match :

I was like, all of a sudden, anything that is challenged now is certainly going to go against me – you feel like things are just not working out for you. So it took me a few games to kind of forget about it and I was ready for the fifth set, thank God. So in the end, it was okay.

Les protestations de Roger Federer en direction de l’arbitre, qui n’y peut évidemment pas grand-chose, continuent dans l’invisibilité, le faisceau étant à nouveau victime d’instabilités. Quand il revient, Del Potro vient de terminer son jeu de rêve en convertissant sa balle de break d’un superbe passing.

 

Le match continue, le souvenir reste

Deux ans auparavant, le Suisse avouait que la décision du hawk-eye avait été dure à avaler, et qu’il avait fallu plusieurs jeux pour oublier. L’histoire se répète puisque, dès le premier point du jeu suivant, qu’il perd en deux coups de raquette, il montre la marque avec sa raquette en marmonnant. Les qualités tennistiques ne se sont pas envolées, mais la sérénité et la rage de vaincre ont laissé la place à une tête basse, marquée par l’incompréhension. Certain d’avoir raison contre tous, pas forcément à tort puisque le système a une marge d’erreur de 3 millimètres environ, il ne peut même pas espérer que le public prenne fait et cause pour lui puisque la machine, soi-disant implacable, l’a déjugé.

Pendant encore un bon moment, tous les appels à la vidéo seront vécus par Federer comme une nouvelle rencontre avec ce bourreau technologique. Et si le reste de la finale se jouera au talent et au physique, le souvenir de ce moment litigieux ne partira jamais complètement. A quelques millimètres près, Federer aurait eu une balle de deux sets à zéro. Convertie ou non, aller simple vers le trophée ou pas, nul ne le saura jamais. Pas plus qu’on ne saura si, ce jour-là, la vidéo a rétabli la vérité ou nié celle que l’humain avait correctement jugée. En attendant, près de trois heures d’efforts plus tard, c’est un géant de près de 2m qui pouvait s’écrouler victorieusement sur le court Arthur Ashe, les pensées bien loin de tout ça…

Written by linstantx

11 octobre 2012 at 303 46

Publié dans Tennis

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