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Chavanel, Rui Costa et Astana : l’échappée qui n’ira jamais au bout.

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Les événements qui vont suivre ont vraiment eu lieu. Ils se déroulent entre 13h28 et 13h41, n’auraient peut-être pas donné le visage prédit ici à la course, et ne seront jamais débattus. Pourtant, dans une étape remportée à la pédale par Thibaut Pinot en grande partie grâce aux efforts de Jérémy Roy, on aurait très bien pu avoir un Portugais vainqueur d’étape et un Français en jaune. Ou bien un Portugais faisant coup double. Nul ne le saura jamais, un instant X ayant justement changé le cours d’une histoire qui aurait pu être cousue de fil blanc.

 

Une décision apparemment banale

Un retour de bâton ? Pas vraiment, simplement les aléas de la course. Ce qui fait aussi la beauté du sport cycliste, son imprévisibilité. Si être le plus fort est toujours pratique quand on veut gagner une course, il faut aussi être le plus malin… et avoir un peu de chance. Deux ans après, Sylvain Chavanel en a fait l’expérience lors de cette 8e étape du Tour de France. En cyclisme comme ailleurs, la roue tourne. Il y a deux ans donc, le 5 juillet 2010 pour être précis, Sylvain Chavanel allait chercher le maillot jaune à Spa, mettant ainsi une cerise sur le beau gâteau de la victoire d’étape. Un succès acquis à la pédale, mais aussi grâce à la mansuétude de Fabian Cancellara, leader par le maillot et par la voix. Andy et Frank Schleck, entre autres, pris dans une chute, le Suisse avait alors incité le peloton à se relever, favorisant l’entreprise de Chavanel. Serait-il allé au bout sans ça ? Possible, pas certain. Aurait-il pris le maillot ? Non.

Quand soudain, Sylvain aperçut Jean-René.

En ce 8 juillet 2012, Sylvain Chavanel a subi ce que beaucoup de courageux vivent des dizaines de fois par saison : le retour du peloton sur son échappée alors que celle-ci était en train de se former. Du classique, forcément. Mais ce ne fut pas un retour comme les autre puisque initié par une équipe non représentée à l’avant, pas celle du leader donc, Astana en l’occurrence. Alors que Chavanel, en compagnie d’une belle brochette de coureurs très solides (Rui Costa, Voigt, Luis Leon Sanchez, Westra, Millar, Perez Moreno, Gilbert, Riblon et Nicki Sorensen), avait creusé un écart de près d’une minute, Vinokourov et ses copains se sont mis à la planche.

Une initiative presque désespérée à un moment où un groupe peut prendre trente secondes par kilomètre, qui réussit finalement grâce au travail intense de Bozic et les autres, lâchés pour la plupart juste avant la jonction. Quelques secondes d’hésitation en plus et l’échappée aurait été hors d’atteinte (avant un éventuel retour dans le final du moins) mais la réactivité des Astana leur a permis de boucher la minute de retard sur ce groupe. Un sacrifice apparemment stupide sur le moment, le tout ressemblant plus à une manœuvre pour embêter le monde qu’une réelle stratégie de course, qui va pourtant donner l’occasion à l’un des coureurs de l’équipe kazakhe de jouer la victoire.

 

Et si…

Un peu plus de trois heures plus tard, pourtant, tout le monde a oublié. Les coureurs à l’avant, leurs chances de victoires et ce qui les a condamné. Thibaut Pinot a remporté une victoire superbe, Fredrik Kessiakoff a fait preuve d’un incroyable panache mais manqué d’un peu de jus dans le final et Sylvain Chavanel est arrivé 42e à près de 5 minutes. Plusieurs minutes auparavant, dans le premier groupe de poursuivants et un total anonymat, Rui Costa a franchi la ligne avec Maxime Monfort et d’autres prétendants au top 10. Ces deux coureurs auront droit à quelques secondes dans le résumé et quelques lignes dans les journaux, eux qui auraient très bien pu être les héros du jour. Cyclisme fiction ? Certes, mais pas tant que cela. Sky pas vraiment motivée à défendre son maillot jaune, le groupe n’aurait sans doute jamais été repris.

La victoire d’étape se serait alors jouée entre ces costauds, et, à ce petit jeu là, un Chavanel en grande forme et un Costa sur la lancée de sa victoire au Tour de Suisse auraient pu offrir un beau spectacle sur fond de jaune. Pas moins beau, celui qui eut effectivement lieu a mis aux prises des coureurs totalement différents.  « Cela aurait pu être moi » se disent souvent les coureurs. Avec des si, on peut mettre Paris en bouteille, faire de la musique et couper du bois. Avec des si, on fait du possible un acquis. Il n’empêche, il suffit parfois de quelques mots relayés via oreillettes pour faire d’un jour de gloire un dimanche tout à fait banal.

Written by linstantx

9 juillet 2012 at 303 31