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Jordi Alba : Quand une adaptation stratégique en club change le destin d’une nation

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La victoire de l’Espagne dans cet Euro, on le lit un peu partout, est celle de la polyvalence. Au milieu, les joueurs peuvent permuter et assumer tour à tour la récupération haute du ballon et des courses offensives. Le système tactique mis en place est impossible à résumer avec des chiffres et des postes définitifs puisque celui-ci se réinvente en fonction de ses besoins et de l’adversaire. Tout cela est exact, et repose sur une vraie intelligence tactique des joueurs. Mais la polyvalence est aussi derrière, au sein d’une défense infranchissable. Sergio Ramos, on le sait, peut évoluer sur un côté. Piqué a été formé en tant que milieu défensif, et les latéraux peuvent monter et jouer un vrai rôle offensif, même le parfois moqué Arbeloa. Au sein d’une sélection au sommet depuis 4 ans, il en est un qui a encore amélioré le niveau général : Jordi Alba.

Unai Emery, le Laurent Blanc inversé

Plus que son accélération dimanche en finale ou toute autre action qui pourrait être symbolique de son rôle prépondérant, le latéral formé à la Masia a bénéficié d’un instant X en deux temps. Le premier a eu lieu le 16 octobre 2010. Ce jour-là, Valence se déplace au Camp Nou. Pour contrer la machine catalane, Unai Emery veut appuyer sur ses faiblesses. L’une d’entre elles : le côté droit dans une position défensive. Si Daniel Alves est un formidable attaquant, il a beaucoup plus de problèmes quand il doit se contenter d’un rôle purement défensif. Pour faire souffrir Barcelone sur ce côté, le technicien choisit donc une option rendue possible par la polyvalence de ses arrières gauches : Jérémy Mathieu et Jordi Alba, légèrement en retrait dans la hiérarchie à son poste. Il décide de placer Mathieu sur l’aile, dans le même rôle que Debuchy face à l’Espagne, et aligne Alba en défense. Une composition d’équipe qui permet de doubler Messi et Alves défensivement, et de se projeter rapidement vers l’avant avec des joueurs rapides et bons centreurs.

Unai Emery vient de voir Réveillère et Debuchy dédoubler.

Si Valence perd la rencontre, ce n’est pas tant la faute du système de jeu que de l’écart de talent entre les individualités des deux équipes, ainsi que la conséquence d’un oubli défensif. L’idée a marché puisque Barcelone a très largement subi côté droit, et Alba a également prouvé ses talents offensifs, échangeant sa place avec Mathieu à de multiples reprises. Un an plus tard, on est alors le 21 septembre 2011, Unai Emery retente le coup. Depuis lors, il n’a plus réellement aligné la doublette dans le couloir, les deux hommes se partageant souvent le temps de jeu. Mais, au même problème les mêmes réponses, les deux latéraux occupent une nouvelle fois tout le flanc gauche.

Plus que des postes, des joueurs

La réussite du projet est encore plus marquante que la première fois, et Valence obtient un grand nombre d’occasions, décrochant un nul 2-2 plus que mérité. Plus que le score, c’est la manière qui interpelle, avec un Jérémy Mathieu aux percées dévastatrices. Pour faire un bon ailier, il ne faut finalement pas énormément de capacités différentes de celles que devrait posséder le (soi-disant) latéral moderne. Une bonne pointe de vitesse, une capacité à centrer en bout de course, et à repiquer ou plonger dans l’axe pour être à la conclusion s’il le faut. Jérémy Mathieu les a, Mathieu Debuchy un peu moins. C’est aussi ça la différence entre une bonne idée et une idée efficace : il faut avoir un joueur pouvant épouser parfaitement le rôle qu’on lui confie. Bref, en résumé, la combinaison de deux latéraux pouvant permuter est une réussite. A tel point que l’expérience va devenir habitude, le temps que Jordi Alba purge la suspension née d’une expulsion dans les arrêts de jeu. Exit Piatti, titulaire habituel dans le couloir gauche, et bonjour Mathieu. La victoire de la polyvalence sur la spécialisation, avec évidemment toujours la possibilité de faire entrer le déséquilibrant Piatti en fin de match.

Del Bosque dit merci

Jordi Alba devenu titulaire indiscutable (14 titularisations en 2010-2011, 27 en 2011-2012), il peut montrer l’étendue de ses qualités. Moins de trois semaines plus tard, il honore sa première sélection face à l’Écosse, combinant avec son vieil ami David Silva pour lui offrir un but après moins de dix minutes de jeu. Un compagnon au profil différent de Mathieu et Piatti, lui aussi capable de déborder, mais à la technique lui permettant de jouer à un poste de milieu au cœur du jeu. Alba, l’ancien joueur offensif reconverti latéral offensif, gagne sa place en équipe nationale presque immédiatement au profil de joueurs comme Nacho Monreal et José Enrique, profitant aussi de l’autodestruction portugaise de Capdevila. Désormais, l’Espagne possède dans ses rangs un défenseur gauche capable de participer au jeu de possession, plus qu’un Capdevila sur le déclin, solide défensivement et très direct. Sa capacité à vite se projeter vers l’avant, très utile à Valence, permet à la Roja de briser un rythme de jeu qui peut vite tendre vers la monotonie. Plus qu’un joueur de complément, il est une arme comme cette Espagne-là n’en avait encore jamais eu à un poste que l’on dit de plus en plus stratégique. Une fois installé, le frêle Jordi ne va plus bouger. Première étape de l’épopée : un Euro. A priori, ce ne devrait pas être la dernière. Le trophée en main, la tête dans les étoiles, le nouveau champion d’Europe doit aussi avoir une petite pensée pour Unai et Jérémy. Celui qui a eu l’idée, et celui qui l’a légitimée.

Written by linstantx

2 juillet 2012 at 1806 57