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Reggie vs Spike : la provocation tu éviteras

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On est le 1er juin 1994. Le duel entre les Knicks de New York, largement favoris, et les Pacers d’Indiana bat son plein. On en est à deux victoires partout, et l’équipe qui sortira vainqueur de cet affrontement au mythique Madison Square Garden prendra un énorme avantage en vue des Finals NBA. D’un côté, la bande à Patrick Ewing. De l’autre, celle à Reggie Miller. Redoutable artilleur, spécialiste des fins de match explosives, mais surtout ennemi public numéro 1 du public new-yorkais. Aussi haï que craint, il est le joueur à maîtriser pour remporter la victoire tant attendue.

Le temps des moqueries

On entame le dernier quart-temps, et le shooteur n’est pas en réussite. Mire mal réglée, il arrose sans trouver le cercle, à la grande joie de spectateurs qui le chambrent sans discontinuer au fil des minutes. Parmi eux, Spike Lee, tout aussi célèbre pour ses films que pour son supportérisme. Chaque action est ponctuée de commentaires de sa part, sans que cela ne change grand-chose à l’affaire : les siens dominent facilement 70-58 alors qu’il reste douze minutes à jouer. Indiana peine à trouver des alternatives crédibles en Antonio et Dale Davis, et seuls les lancers-francs maintiennent l’équipe dans le match.

Être fan ne veut pas dire négliger son style.

Le fan se régale, le joueur patauge. Un dernier « Reggie ! » moqueur lancé trois fois par Spike en rigolant va pourtant tout changer. Goutte d’eau qui fait déborder le vase, ultime provocation au moment d’entamer le money time, là où Miller sait qu’il doit porter les siens pour combler l’écart. Il ne le sait pas encore, mais Spike Lee vient de changer le destin d’une rencontre que les Knicks ne devaient pas perdre.

Comme l’affirme le commentateur de football américain Ahmad Rashad :

Guys look for something to inspire them and I think Spike Lee didn’t inspire the Knicks, he inspired Reggie.

Reggie Miller renchérit :

He became part of the game.

 

Le temps de la revanche

Miller lutte désormais tout autant contre les cinq joueurs en face de lui que contre un énergumène en tribune. Cela pouvait être son moment, cela doit désormais être son moment. Il ne joue pas seulement pour son maillot, il joue pour son honneur. Le premier tir, un trois point lointain, fait ficelle. Derrière, tout s’enchaîne. Devenu basketteur grâce à ses qualités de tireur extérieur, le frère de Cheryl, l’une des plus grandes joueuses de l’histoire, n’a pas besoin d’aller au duel. Pas besoin de s’occuper de la défense, de chercher à la tromper via des feintes ou des systèmes de jeu compliqués. Il demande des écrans pour avoir un peu d’espace, et tire. Tire, encore et encore. Et ne rate plus. Chaque panier est ponctué d’un regard, geste, mot doux adressé à Spike Lee, source de motivation à qui il faut prouver l’étendue de son erreur. Entre talent et égo, le champion se réveille et se révèle.

Reggie a un chat dans la gorge

L’écart fond. Indiana ne joue plus au basket mais regarde sa star réinventer le concept d’adresse. New York encaisse un 14-2 et le score passe à 72 partout. Reggie échange quelques mots avec son ami du soir puis mime un étranglement à deux mains, le désormais célèbre (et interdit en NBA sous peine de faute technique) choke sign. La possession suivante arrive, et Miller tente un improbable tir en première intention près de deux mètres derrière la ligne. Indiana prend l’avantage, Spike Lee s’est assis, tu, et évite le regard de celui qu’il toisait avec arrogance quelques minutes auparavant.

Le match est loin d’être terminé mais Reggie a gagné. Il se contente de regards de moins en moins longs vers les tribunes tandis qu’il continue à faire pleuvoir les paniers. La machine est lancée, et lui n’a plus rien à prouver. L’ambiance, nettement en berne, de la salle ne devient plus qu’un bruit de fond. Il est trop tard pour faire quoi que ce soit, simplement admirer un champion à l’œuvre. 25 points dans le dernier quart-temps, plus de deux à la minute, et une victoire totalement inespérée. Quand la bête dort, mieux vaut éviter de trop lui taper sur la tête. Une fois réveillée, elle est généralement sans pitié.

Written by linstantx

27 juin 2012 at 1503 34