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Juanfran : grand pont, grandes conséquences

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Comment gérer une fin de match quand on n’a qu’un seul but d’avance ? Garder la balle en position offensive ou défensive, la rendre à l’adversaire en espérant tenir derrière, jouer vite pour faire une nouvelle décision … Les solutions sont multiples. Et la philosophie adoptée, rapidement repérable, est mise en évidence sur les coups de pieds arrêtés offensifs. Trop joueuse, l’Espagne s’est perdue à cause de deux erreurs offensives en 22 secondes, le temps qu’il a fallu pour qu’un corner se transforme en but concédé.

 

Un corner à l’envers

Jouer à deux n’est pas forcément une mauvaise solution, mais la mise en application est souvent ratée. La plupart du temps, le joueur protège le ballon et attend que le temps passe, généralement trois ou quatre secondes avant de prendre un coup d’épaule non sanctionné, et perd ainsi le ballon. Complètement idiote, cette stratégie a été renouvelée par l’Espagne. Plutôt que d’attendre, on agit en tentant un dribble qui, s’il passe, aboutira probablement sur le gain d’un nouveau corner ou coup franc et le coup de sifflet final. C’est Cazorla qui s’y colle, avec un grand n’importe quoi à la clé et une passe pour Sissoko.

Mais le vrai souci de la démarche ne tient pas tant dans cette décision que dans le positionnement des autres joueurs. A vrai dire, perdre le ballon en tentant un dribble ou en attendant, ça peut revenir au même. Et, au moins, on ne prend pas le risque de rendre la possession dans l’axe comme cela pourrait être le cas si on tirait le corner directement dans le paquet. Non, ce qui pose problème est l’absence de lien avec ce que font les autres joueurs. Trois dans la surface, deux mobilisés pour l’action, et un légèrement en retrait. Au total, ce sont six hommes qui sont en phase offensive, avec un seul sur la route d’une éventuelle contre-attaque en cas de perte de balle. Un, contre trois Français autour de Cazorla…

 

Le dribble de trop

Le vrai tournant arrive cependant quelques instants plus tard. Mobilisés en défense, les Bleus ne réussissent pas à ressortir le ballon sans le perdre, et Juanfran le récupère très haut. Les solutions à sa disposition sont multiples mais il préfère tenter le grand pont sur Patrice Evra. On a dépassé le temps additionnel depuis huit secondes, aucun milieu espagnol n’est marqué, mais le latéral tente de se payer Evra et d’apporter une dernière fois le danger sur les buts de Lloris. Une vraie volonté de mettre à mal son adversaire, puisqu’il n’arrive même pas lancé mais tente au contraire de dribbler sur une accélération. Présomptueux, et surtout totalement idiot tactiquement, peu importe le moment de la partie.

On peut aussi dessiner la petite ourse avec le milieu de terrain espagnol.

Venue en nombre offensivement, l’Espagne possède en effet six joueurs devant Juanfran, soit autant que de Français. Avec un septième quasiment sur la même ligne et très loin du ballon, plus l’intéressé qui sera d’office battu si son dribble ne passe pas, cela fait huit Espagnols qui ne peuvent plus intervenir directement sur l’action. Supériorité numérique gâchée, et donc infériorité numérique défensive à gérer. Le destin n’est plus entre leurs mains, et une attaque aux démarquages bien négociés aboutit presque inévitablement à un but.

 

Se fondre dans le moule

Ce qui rend la décision de Juanfran encore plus incompréhensible est qu’elle ne colle absolument pas avec la philosophie espagnole. Relativement conservatrice, en témoignent ces rares buts encaissés et nombreuses victoires par une faible marge lors des rencontres à enjeu, elle s’inspire de ce que disait Cruijff, à savoir que le meilleur moyen de défendre est d’avoir la possession du ballon. Pas question de changer sa manière d’agir pour protéger un résultat, seul le nombre de joueurs venant proposer des solutions offensives change. Les passes se font plus latérales, mais le quadrillage du terrain ne bouge jamais. Ce qui a une conséquence évidente : presque aucune contre-attaque à gérer, et des habitudes défensives très loin de celles qui consistent à jouer le hors-jeu ou faire du marquage individuel sur un attaquant isolé. Une double erreur de Sergio Ramos, la seule vraie erreur défensive de l’action d’ailleurs, qui sera la dernière avant le but.

Une question se pose : pourquoi le latéral de l’Atlético Madrid a-t-il tenté ce geste inutile et même inapproprié ? Impossible d’apporter une réponse définitive, mais deux évidences sautent aux yeux. D’abord, la sélection est en pleine confiance depuis quatre ans, et les gestes potentiellement dangereux sont de plus en plus nombreux. Rares sont ceux dont les conséquences sont fâcheuses, mais jouer avec le feu amène tôt ou tard quelques brûlures. Ensuite, Juanfran a très peu d’expérience internationale, et son entrée en jeu n’est liée qu’à la blessure d’Arbeloa, qui a quasiment le même âge et moins de qualités offensives. Alors, toujours en faire plus, pour montrer qu’on mérite sa place dans ce groupe et peut-être mieux, qu’on est digne d’Alba et de ses chevauchées, de Xavi et de ses passes, de Pedro et de sa vitesse ? A trop gagner, on en oublie parfois l’incertitude, et cette variable habituellement rendue prévisible. Cet inconnu qu’on ignore mais qui ne pense qu’en fonction de vous. Ce partenaire qui transforme un toro en match de football. Son nom : l’adversaire.

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17 octobre 2012 at 1604 34

Jordi Alba : Quand une adaptation stratégique en club change le destin d’une nation

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La victoire de l’Espagne dans cet Euro, on le lit un peu partout, est celle de la polyvalence. Au milieu, les joueurs peuvent permuter et assumer tour à tour la récupération haute du ballon et des courses offensives. Le système tactique mis en place est impossible à résumer avec des chiffres et des postes définitifs puisque celui-ci se réinvente en fonction de ses besoins et de l’adversaire. Tout cela est exact, et repose sur une vraie intelligence tactique des joueurs. Mais la polyvalence est aussi derrière, au sein d’une défense infranchissable. Sergio Ramos, on le sait, peut évoluer sur un côté. Piqué a été formé en tant que milieu défensif, et les latéraux peuvent monter et jouer un vrai rôle offensif, même le parfois moqué Arbeloa. Au sein d’une sélection au sommet depuis 4 ans, il en est un qui a encore amélioré le niveau général : Jordi Alba.

Unai Emery, le Laurent Blanc inversé

Plus que son accélération dimanche en finale ou toute autre action qui pourrait être symbolique de son rôle prépondérant, le latéral formé à la Masia a bénéficié d’un instant X en deux temps. Le premier a eu lieu le 16 octobre 2010. Ce jour-là, Valence se déplace au Camp Nou. Pour contrer la machine catalane, Unai Emery veut appuyer sur ses faiblesses. L’une d’entre elles : le côté droit dans une position défensive. Si Daniel Alves est un formidable attaquant, il a beaucoup plus de problèmes quand il doit se contenter d’un rôle purement défensif. Pour faire souffrir Barcelone sur ce côté, le technicien choisit donc une option rendue possible par la polyvalence de ses arrières gauches : Jérémy Mathieu et Jordi Alba, légèrement en retrait dans la hiérarchie à son poste. Il décide de placer Mathieu sur l’aile, dans le même rôle que Debuchy face à l’Espagne, et aligne Alba en défense. Une composition d’équipe qui permet de doubler Messi et Alves défensivement, et de se projeter rapidement vers l’avant avec des joueurs rapides et bons centreurs.

Unai Emery vient de voir Réveillère et Debuchy dédoubler.

Si Valence perd la rencontre, ce n’est pas tant la faute du système de jeu que de l’écart de talent entre les individualités des deux équipes, ainsi que la conséquence d’un oubli défensif. L’idée a marché puisque Barcelone a très largement subi côté droit, et Alba a également prouvé ses talents offensifs, échangeant sa place avec Mathieu à de multiples reprises. Un an plus tard, on est alors le 21 septembre 2011, Unai Emery retente le coup. Depuis lors, il n’a plus réellement aligné la doublette dans le couloir, les deux hommes se partageant souvent le temps de jeu. Mais, au même problème les mêmes réponses, les deux latéraux occupent une nouvelle fois tout le flanc gauche.

Plus que des postes, des joueurs

La réussite du projet est encore plus marquante que la première fois, et Valence obtient un grand nombre d’occasions, décrochant un nul 2-2 plus que mérité. Plus que le score, c’est la manière qui interpelle, avec un Jérémy Mathieu aux percées dévastatrices. Pour faire un bon ailier, il ne faut finalement pas énormément de capacités différentes de celles que devrait posséder le (soi-disant) latéral moderne. Une bonne pointe de vitesse, une capacité à centrer en bout de course, et à repiquer ou plonger dans l’axe pour être à la conclusion s’il le faut. Jérémy Mathieu les a, Mathieu Debuchy un peu moins. C’est aussi ça la différence entre une bonne idée et une idée efficace : il faut avoir un joueur pouvant épouser parfaitement le rôle qu’on lui confie. Bref, en résumé, la combinaison de deux latéraux pouvant permuter est une réussite. A tel point que l’expérience va devenir habitude, le temps que Jordi Alba purge la suspension née d’une expulsion dans les arrêts de jeu. Exit Piatti, titulaire habituel dans le couloir gauche, et bonjour Mathieu. La victoire de la polyvalence sur la spécialisation, avec évidemment toujours la possibilité de faire entrer le déséquilibrant Piatti en fin de match.

Del Bosque dit merci

Jordi Alba devenu titulaire indiscutable (14 titularisations en 2010-2011, 27 en 2011-2012), il peut montrer l’étendue de ses qualités. Moins de trois semaines plus tard, il honore sa première sélection face à l’Écosse, combinant avec son vieil ami David Silva pour lui offrir un but après moins de dix minutes de jeu. Un compagnon au profil différent de Mathieu et Piatti, lui aussi capable de déborder, mais à la technique lui permettant de jouer à un poste de milieu au cœur du jeu. Alba, l’ancien joueur offensif reconverti latéral offensif, gagne sa place en équipe nationale presque immédiatement au profil de joueurs comme Nacho Monreal et José Enrique, profitant aussi de l’autodestruction portugaise de Capdevila. Désormais, l’Espagne possède dans ses rangs un défenseur gauche capable de participer au jeu de possession, plus qu’un Capdevila sur le déclin, solide défensivement et très direct. Sa capacité à vite se projeter vers l’avant, très utile à Valence, permet à la Roja de briser un rythme de jeu qui peut vite tendre vers la monotonie. Plus qu’un joueur de complément, il est une arme comme cette Espagne-là n’en avait encore jamais eu à un poste que l’on dit de plus en plus stratégique. Une fois installé, le frêle Jordi ne va plus bouger. Première étape de l’épopée : un Euro. A priori, ce ne devrait pas être la dernière. Le trophée en main, la tête dans les étoiles, le nouveau champion d’Europe doit aussi avoir une petite pensée pour Unai et Jérémy. Celui qui a eu l’idée, et celui qui l’a légitimée.

Written by linstantx

2 juillet 2012 at 1806 57