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John-Christophe Ayina, amateur devenu professionnel en deux tirs

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Une fois les aveuglants projecteurs de la Coupe de France éteints, la plupart des héros d’un jour retournent dans l’ombre. Le nom de ces inconnus devenus stars le temps d’un match, d’un parcours, continue à vivre, témoignage d’un moment de grâce. Mais peu parviennent à capitaliser sur ces performances par définition éphémères, et à changer le cours de leur carrière. Un doublé contre Marseille a pourtant offert à John-Christophe Ayina un passeport pour le professionnalisme.

Un parcours semé d’embûches

Il y a six mois, il affrontait Niort, Orléans et Martigues. Mercredi, il est entré en jeu contre Barcelone. Un grand écart qui tient à une entrée en jeu décisive le 20 mars 2012. Jusque-là, Ayina n’était qu’un ancien joueur prometteur parmi tant d’autres. Formé à Guingamp, le Franco-congolais rejoint Paris en 2009 pour évoluer avec l’équipe réserve. Il a alors 18 ans, et est vu comme un joueur à potentiel. Mais, après deux saisons mitigées, il n’est pas conservé par le club parisien. Malgré 25 apparitions lors d’une deuxième saison où il est l’un des premiers choix en attaque, il ne trouve en effet le chemin des filets qu’à deux reprises, dans un carton face à La Duchère puis contre Monts d’Or Azergues. Insuffisant pour sortir du lot dans une équipe où Jean-Christophe Bahebeck empile les buts.

Toujours sans club à l’automne 2011, le natif de Rouen rend visite aux voisins de Quevilly pour s’entraîner dans l’attente de trouver un point de chute. Régis Brouard est intéressé par le profil complet de l’attaquant, mais l’argent manque. Au fil des mois, Quevilly passe les tours de Coupe de France les uns après les autres, et les recettes permettent de lui proposer un contrat fédéral. La galère prend fin le 25 février. Après 9 mois loin des terrains, John-Christophe Ayina rentre à l’heure de jeu contre Créteil. La semaine suivante, contre Le Poiré-sur-Vie il remplace Florian Fédèle à la mi-temps… et se fait expulser dans les arrêts de jeu. Un carton rouge assorti d’une suspension de trois matches. Pas vraiment le meilleur des débuts.

Dix minutes de grâce

Sa peine purgée, il est de nouveau apte pour la réception de Marseille en quarts de finale de Coupe de France, le match d’une vie pour tous les joueurs normands. S’il est sur le banc au coup d’envoi, Régis Brouard lui donne sa chance au début des prolongations, en pointe, à la place de Joris Colinet. Lancé dans la profondeur à la 108e minute, il a une première occasion de se montrer mais Souleymane Diawara le devance à la course. Deux minutes plus tard, il profite d’un centre parfait d’Herouat, se défait du marquage du même Diawara et marque d’une volée à bout portant. Son premier but au niveau professionnel, et celui d’une possible qualification pour les demi-finales. Oui mais voilà, Marseille réagit aussitôt et Rémy égalise juste après le coup d’envoi.

Ayina

Comme quoi, affronter Bracigliano peut changer une vie.

On se dirige alors vers la séance de tirs au but jusqu’à ce coup franc pour Quevilly à 40 mètres des buts adverses. Bracigliano rate sa sortie et percute Diawara. Les Marseillais marquent un temps d’arrêt, persuadés que l’arbitre sifflera une faute sur leur gardien. John-Christophe Ayina ne se pose pas de questions, voit le ballon qui traîne et le pousse dans le but du plat du pied… puis lève les bras et hausse les épaules en direction de l’arbitre, en signe d’incompréhension. Quelques secondes de flottement, avant de comprendre : malgré les protestations des Marseillais, son but est bel et bien valable ! Trois minutes plus tard, Quevilly est dans le dernier carré de la Coupe de France, et l’improbable joker est devenu un héros.

Un nouveau départ

John-Christophe Ayina retourne ensuite sur les terrains du National, toujours dans son rôle de dynamiteur venu du banc. En Coupe , il n’entre pas en jeu lors de la victoire contre Rennes, et ses quelques minutes contre Lyon ne changent pas le destin de la finale. Il marque enfin ses premiers buts en championnat lors de l’avant-dernière journée, loin de l’agitation des semaines précédentes, un doublé qui permet d’accrocher le nul à Bayonne. Ses premiers, mais aussi ses derniers.

Début juillet, il est proposé par son agent en Angleterre,  aux réserves du Real et du Barça et à Cordoba, qui ne tarde pas à le faire signer gratuitement. L’ambitieux club espagnol vient d’être battu en demi-finale des barrages de promotion en Liga par Valladolid, futur promu. Une énorme opportunité et un premier contrat professionnel à la clé, mais aussi vrai gouffre par rapport à Quevilly, équipe où Ayina n’était que le troisième choix en attaque. Evidemment, les supporters se demandent pourquoi avoir recruté cet inconnu de 21 ans qui compte moins de 6 heures de jeu en National et quelques dizaines de minutes en Coupe de France. Derrière l’ancien Lorientais Dubarbier, Javier Patino, Josely ou Rennella dans la hiérarchie des attaquants, Ayina n’a guère l’occasion de fouler les pelouses (deux entrées dans les derniers instants en Liga Adelante), mais son envie à l’entraînement lui permet de rester une solution aux yeux de son coach, Rafa Berges. Le 12 décembre 2012, à 21h45, il remplace Fede pour les cinq dernières minutes du match aller de Coupe du Roi face à Barcelone, et se mesure le temps de quelques instants à Xavi, Piqué et les autres. La Coupe, celle-là même qui l’a révélé, lui permet toucher du doigt son rêve. De Bracigliano à Messi, il n’y eut qu’un pas. Et même si la suite reste à écrire, la préface n’annonçait pas un aussi beau chapitre. Qu’il dure ou soit éphémère.

Written by linstantx

13 décembre 2012 at 1806 06