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Archive for octobre 2012

Juanfran : grand pont, grandes conséquences

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Comment gérer une fin de match quand on n’a qu’un seul but d’avance ? Garder la balle en position offensive ou défensive, la rendre à l’adversaire en espérant tenir derrière, jouer vite pour faire une nouvelle décision … Les solutions sont multiples. Et la philosophie adoptée, rapidement repérable, est mise en évidence sur les coups de pieds arrêtés offensifs. Trop joueuse, l’Espagne s’est perdue à cause de deux erreurs offensives en 22 secondes, le temps qu’il a fallu pour qu’un corner se transforme en but concédé.

 

Un corner à l’envers

Jouer à deux n’est pas forcément une mauvaise solution, mais la mise en application est souvent ratée. La plupart du temps, le joueur protège le ballon et attend que le temps passe, généralement trois ou quatre secondes avant de prendre un coup d’épaule non sanctionné, et perd ainsi le ballon. Complètement idiote, cette stratégie a été renouvelée par l’Espagne. Plutôt que d’attendre, on agit en tentant un dribble qui, s’il passe, aboutira probablement sur le gain d’un nouveau corner ou coup franc et le coup de sifflet final. C’est Cazorla qui s’y colle, avec un grand n’importe quoi à la clé et une passe pour Sissoko.

Mais le vrai souci de la démarche ne tient pas tant dans cette décision que dans le positionnement des autres joueurs. A vrai dire, perdre le ballon en tentant un dribble ou en attendant, ça peut revenir au même. Et, au moins, on ne prend pas le risque de rendre la possession dans l’axe comme cela pourrait être le cas si on tirait le corner directement dans le paquet. Non, ce qui pose problème est l’absence de lien avec ce que font les autres joueurs. Trois dans la surface, deux mobilisés pour l’action, et un légèrement en retrait. Au total, ce sont six hommes qui sont en phase offensive, avec un seul sur la route d’une éventuelle contre-attaque en cas de perte de balle. Un, contre trois Français autour de Cazorla…

 

Le dribble de trop

Le vrai tournant arrive cependant quelques instants plus tard. Mobilisés en défense, les Bleus ne réussissent pas à ressortir le ballon sans le perdre, et Juanfran le récupère très haut. Les solutions à sa disposition sont multiples mais il préfère tenter le grand pont sur Patrice Evra. On a dépassé le temps additionnel depuis huit secondes, aucun milieu espagnol n’est marqué, mais le latéral tente de se payer Evra et d’apporter une dernière fois le danger sur les buts de Lloris. Une vraie volonté de mettre à mal son adversaire, puisqu’il n’arrive même pas lancé mais tente au contraire de dribbler sur une accélération. Présomptueux, et surtout totalement idiot tactiquement, peu importe le moment de la partie.

On peut aussi dessiner la petite ourse avec le milieu de terrain espagnol.

Venue en nombre offensivement, l’Espagne possède en effet six joueurs devant Juanfran, soit autant que de Français. Avec un septième quasiment sur la même ligne et très loin du ballon, plus l’intéressé qui sera d’office battu si son dribble ne passe pas, cela fait huit Espagnols qui ne peuvent plus intervenir directement sur l’action. Supériorité numérique gâchée, et donc infériorité numérique défensive à gérer. Le destin n’est plus entre leurs mains, et une attaque aux démarquages bien négociés aboutit presque inévitablement à un but.

 

Se fondre dans le moule

Ce qui rend la décision de Juanfran encore plus incompréhensible est qu’elle ne colle absolument pas avec la philosophie espagnole. Relativement conservatrice, en témoignent ces rares buts encaissés et nombreuses victoires par une faible marge lors des rencontres à enjeu, elle s’inspire de ce que disait Cruijff, à savoir que le meilleur moyen de défendre est d’avoir la possession du ballon. Pas question de changer sa manière d’agir pour protéger un résultat, seul le nombre de joueurs venant proposer des solutions offensives change. Les passes se font plus latérales, mais le quadrillage du terrain ne bouge jamais. Ce qui a une conséquence évidente : presque aucune contre-attaque à gérer, et des habitudes défensives très loin de celles qui consistent à jouer le hors-jeu ou faire du marquage individuel sur un attaquant isolé. Une double erreur de Sergio Ramos, la seule vraie erreur défensive de l’action d’ailleurs, qui sera la dernière avant le but.

Une question se pose : pourquoi le latéral de l’Atlético Madrid a-t-il tenté ce geste inutile et même inapproprié ? Impossible d’apporter une réponse définitive, mais deux évidences sautent aux yeux. D’abord, la sélection est en pleine confiance depuis quatre ans, et les gestes potentiellement dangereux sont de plus en plus nombreux. Rares sont ceux dont les conséquences sont fâcheuses, mais jouer avec le feu amène tôt ou tard quelques brûlures. Ensuite, Juanfran a très peu d’expérience internationale, et son entrée en jeu n’est liée qu’à la blessure d’Arbeloa, qui a quasiment le même âge et moins de qualités offensives. Alors, toujours en faire plus, pour montrer qu’on mérite sa place dans ce groupe et peut-être mieux, qu’on est digne d’Alba et de ses chevauchées, de Xavi et de ses passes, de Pedro et de sa vitesse ? A trop gagner, on en oublie parfois l’incertitude, et cette variable habituellement rendue prévisible. Cet inconnu qu’on ignore mais qui ne pense qu’en fonction de vous. Ce partenaire qui transforme un toro en match de football. Son nom : l’adversaire.

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17 octobre 2012 at 1604 34

Federer contre Del Potro… et contre la vidéo

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L’arbitrage humain possède l’avantage de ses inconvénients. Fait par une personne physique,  il peut être victime d’erreurs d’interprétation, de méconnaissances d’une règle voire même de malhonnêteté. Il a au moins le mérite de pouvoir être débattu, souvent inutilement certes, laissant la place à un échange et à la matérialisation d’une frustration. L’hypothétique injustice définitive et incontestable peut, en revanche, avoir de grandes conséquences sur le déroulement d’une rencontre sportive. Roger Federer le sait, lui que la vidéo a sans doute privé du titre à l’US Open 2009.

 

Une finale prometteuse

Sur le papier, l’opposition entre Roger Federer et Juan Martin Del Potro apparaît plutôt équilibrée. Le Suisse a vécu un tournoi relativement tranquille dans les premiers tours, même s’il laisse un set en route contre Lleyton Hewitt. La seule véritable alerte arrive en quarts de finale quand, après avoir réussi l’un des plus beaux sets de sa carrière, il fait face à un Robin Soderling qui se met à bombarder les lignes. Federer passe proche de devoir jouer un cinquième set mais s’en sort finalement à l’expérience. En demie, il écœure Djokovic et réussit au passage un coup entre les jambes devenu célèbre.

Del Potro vit également un 3e tour délicat, face au fantasque et même complètement frappadingue Autrichien Daniel Köllerer, depuis suspendu à vie. Là aussi ça passe en quatre manches, mais c’est une première alerte. En quarts, c’est Marin Cilic qui arrive à arracher le set initial, mais n’existe pas dans les trois suivants. Puis vient la leçon : un terrible 6-2 au cube envoyé dans les dents d’un Nadal diminué mais aussi complètement détruit par la puissance de Del Potro.

L’expérience joue pour Federer, mais l’impression laissée par le prometteur Argentin au tour précédent a laissé le monde du tennis sous le choc. Une seule question, pourra-t-il reproduire un tel niveau de jeu dans le contexte particulier d’une première finale de Grand Chelem ?

 

A sens unique

Comme face à Soderling, le numéro 1 mondial ne perd pas de temps et fait le break d’entrée. Sans être nécessairement parfait dans le jeu, sa longueur de balle empêche Del Potro de dicter le rythme de la rencontre et de prendre confiance. Le set initial est bouclé 6-3 alors que l’Argentin a sauvé 8 balles de break et ne s’en est procuré aucune. Un score presque trop gentil donc, et une domination rapidement confirmée par un nouveau break d’entrée de deuxième manche.

Petit à petit, les échanges se font de plus en plus nombreux et longs, Del Potro rate de moins en moins mais il ne parvient pas à concrétiser ses occasions de revenir au score. Et comme il doit également se battre pour sauver sa mise en jeu et ne pas perdre définitivement pied, difficile d’être optimiste sur ses chances de réussite. 6-3, 5-4 30-0 après une heure et demie de jeu, tout se passe pour le mieux pour le Suisse.

 

Les millimètres de la discorde

Alors que les millions de témoins ne deviennent plus que 23 000, la faute à une perte du signal vidéo partout dans le monde, la partie continue de plus belle. Et Juan Martin Del Potro, toujours vaillant, remporte deux superbes points qui ne resteront dans les mémoires que via des ralentis tronqués. Pas question pour autant de revoir les pronostics, ce genre de problème se réglant souvent par Federer à grands coups de premières balles.

Roger va aller casser la gueule de la machine.

C’est alors qu’arrive le point. Ce qui sera le coup du match, qui fera basculer une rencontre jusque-là déséquilibrée. Après son service, Federer enchaîne par une attaque de coup droit. Son adversaire répond par un improbable coup sans préparation d’une puissance extrême, pris quasiment de demi-volée, qui vient frôler le couloir. « OUT » hurle la juge de ligne, idéalement placée. Le challenge est instantanément demandé, ce serait dommage de se priver vu le moment de la partie. L’image se rapproche petit à petit et le verdict est implacable : ça touche. De peu, mais ça touche.

Le public et les commentateurs sont étonnés, Federer très énervé. Lui qui avait déjà été victime d’une décision vidéo qu’il jugeait injuste en finale de Wimbledon 2007, criant sur le court, au milieu d’insultes, que le hawk-eye devait être supprimé. Sur cet incident, il déclarait après le match :

I was like, all of a sudden, anything that is challenged now is certainly going to go against me – you feel like things are just not working out for you. So it took me a few games to kind of forget about it and I was ready for the fifth set, thank God. So in the end, it was okay.

Les protestations de Roger Federer en direction de l’arbitre, qui n’y peut évidemment pas grand-chose, continuent dans l’invisibilité, le faisceau étant à nouveau victime d’instabilités. Quand il revient, Del Potro vient de terminer son jeu de rêve en convertissant sa balle de break d’un superbe passing.

 

Le match continue, le souvenir reste

Deux ans auparavant, le Suisse avouait que la décision du hawk-eye avait été dure à avaler, et qu’il avait fallu plusieurs jeux pour oublier. L’histoire se répète puisque, dès le premier point du jeu suivant, qu’il perd en deux coups de raquette, il montre la marque avec sa raquette en marmonnant. Les qualités tennistiques ne se sont pas envolées, mais la sérénité et la rage de vaincre ont laissé la place à une tête basse, marquée par l’incompréhension. Certain d’avoir raison contre tous, pas forcément à tort puisque le système a une marge d’erreur de 3 millimètres environ, il ne peut même pas espérer que le public prenne fait et cause pour lui puisque la machine, soi-disant implacable, l’a déjugé.

Pendant encore un bon moment, tous les appels à la vidéo seront vécus par Federer comme une nouvelle rencontre avec ce bourreau technologique. Et si le reste de la finale se jouera au talent et au physique, le souvenir de ce moment litigieux ne partira jamais complètement. A quelques millimètres près, Federer aurait eu une balle de deux sets à zéro. Convertie ou non, aller simple vers le trophée ou pas, nul ne le saura jamais. Pas plus qu’on ne saura si, ce jour-là, la vidéo a rétabli la vérité ou nié celle que l’humain avait correctement jugée. En attendant, près de trois heures d’efforts plus tard, c’est un géant de près de 2m qui pouvait s’écrouler victorieusement sur le court Arthur Ashe, les pensées bien loin de tout ça…

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11 octobre 2012 at 303 46

Publié dans Tennis

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Miguel Palanca ne sera jamais un héros

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A 24 ans, bientôt 25, il est un joueur comme un autre. Ailier droit au club d’Elche depuis la saison 2010/2011, une formation qui caracole pour l’instant en tête de la Liga Adelante, la deuxième division espagnole, Miguel Palanca n’a rien d’une vedette. Il est un élément important de son équipe, mais n’est ni incontournable ni particulièrement décisif (43 titularisations pour 5 buts ces deux dernières saisons). A quelques centimètres près, sa carrière aurait pourtant pu basculer. L’énoncé de son nom n’entraînerait en tout cas pas cette froide et unanime réponse : « qui ? »

 

Le Clasico comme terrain de jeu

On est le samedi 13 décembre 2008, et c’est soir de Clasico. Le Barca de Pep Guardiola reçoit le Real de Juande Ramos, nommé le mardi en remplacement de Bernd Schuster. Sur le terrain, des stars (Eto’o, Messi et Henry d’un côté,  Casillas, Sneijder et Raul de l’autre)… mais aussi quelques joueurs au nom un peu moins enthousiasmant (Gudjohnsen, Metzelder, Drenthe). Le match n’a pas encore l’intensité presque guerrière qu’il aura quelques années plus tard, mais sa portée symbolique et médiatique est tout de même immense. C’est déjà la 15e journée et le leader barcelonais peut assommer des Madrilènes seulement cinquièmes, à 9 points du rival.

Pour son premier match à la tête du Real, Juande Ramos ne bouleverse pas le onze de départ de son prédécesseur. Suspendu, Robben est remplacé par Drenthe, alors que Sneijder et Metzelder remplacent Van der Vaart et Marcelo, Sergio Ramos étant décalé au poste de latéral. Sur le banc, un petit jeune de 19 ans jamais apparu parmi les pros : Miguel Palanca. Venu pour faire le nombre a priori, à l’image de Marc Muniesa en finale de Ligue des Champions l’année suivante, il n’est absolument pas destiné à jouer.

 

L’action d’une carrière

Oui mais voilà, Sneijder se blesse après une demi-heure de jeu. Plutôt que de faire entrer Van der Vaart, Juande Ramos tente un pari et lance Miguel Palanca sur l’aile droite. Sans complexe, celui qui avait été recruté à l’Espanyol Barcelone pour renforcer la réserve apporte toute son envie et sa fraîcheur. La technique est parfois hésitante, l’intelligence tactique dans le positionnement aléatoire, mais Barcelone est quelque peu perturbé par le jeu de cet inconnu. Et même s’ils dominent largement, les Catalans sont incapables de prendre l’avantage alors que l’on s’apprête à entrer dans les dix dernières minutes, et restent sous la menace des contres madrilènes.

Le duel d’un match pour l’un, d’une vie pour l’autre.

On joue la 79e minute, et c’est là que tout va basculer. Ou plutôt ne basculera pas. Miguel Palanca reçoit la balle sur l’aile à 35m des buts de Valdés. Deux crochets pour rentrer au cœur du jeu, un relai en une touche de balle avec Raul, et il se retrouve à 6m du but, dans un angle fermé. Plus de défense, aucun partenaire à servir, aucune question à se poser. L’action devient duel. Un duel entre un gardien alors souvent décrié et un gamin dont c’est le deuxième match en Liga, 18 mois après une courte entrée en jeu avec l’Espanyol. Un duel qui pourrait donner un avantage décisif au Real et son nouvel entraîneur dans le match le plus important de la saison.

Plutôt que de tenter une hypothétique frappe croisée, le gamin tire fort, sans contrôle, droit devant. Le geste est juste, tutoie la perfection, mais ne fait que la frôler. Valdés avance pour boucher l’angle, écarte les bras, et dévie le ballon de l’épaule. Pas un réflexe, pas tout à fait un coup de chance non plus, mais le tournant du match. Le ballon sort en touche, Palanca met les mains sur sa tête et se rend compte qu’il a raté sa chance. A quelques centimètres près, son tir serait passé entre l’épaule et la barre transversale. En attendant, il y a toujours 0-0.

 

La belle histoire n’aura pas lieu

Trois minutes plus tard, Samuel Eto’o dévie la balle dans le but à la suite d’un corner. Dans les arrêts de jeux, Messi se charge de plier définitivement l’affaire. Victoire 2-0, et 12 points d’avance au classement. Le score paraît sans appel, mais le scénario infirme la théorie du long fleuve tranquille. L’histoire retiendra que Barcelone a fait un pas décisif pour le titre ce soir de décembre 2008, tandis que quelques mémoires affutées raconteront qu’un jeune ailier, habitué à la réserve, aurait pu tout remettre en cause.

Une semaine plus tard, Palanca entrait à l’heure de jeu contre Valence. Deux semaines après, il remplaçait Robben en fin de match contre Mallorca. Retourné en réserve pour la suite de la saison, prêté à Castellon l’année suivante puis transféré à Elche pour deux ans, avec une clause de rachat pour le Real qui ne sera sans doute jamais activée, il n’a plus jamais vu la Liga depuis.

Written by linstantx

8 octobre 2012 at 404 39

Publié dans Football

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