L'instant X

Tout peut changer en moins d'une seconde.

Le sport à l’épreuve de l’imprévu

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De quoi dépend le résultat d’une compétition sportive ? Tant et finalement si peu de choses. A des tendances lourdes (niveau intrinsèque, tactique) s’opposent des moments imprévisibles aussi courts que déterminants. Impossibles à prévoir, ceux-ci peuvent être qualifiés d’instant X. L’instant X, c’est cette glissade qui amène un but au football, ce regard qui énerve un adversaire au basket, cette chute qui vous propulse leader d’équipe au cyclisme, cette balle déjugée par le hawk-eye qui change le rythme d’une partie tennistique. Tous ces détails dont on peut juger a posteriori qu’ils ont été au moins aussi déterminants que tout le reste, mais que personne ne prend réellement en compte dans l’analyse Ce qui peut faire d’une bonne idée un échec, et légitime le concept de « perdre en ayant raison ». Ou quand le banal se fait décision.

Football Manager ou le concept de sauvegarde opportune

L’instant X n’est pas unilatéral, et son importance dépend autant de la victime que de celui à qui il profite, car c’est son exploitation qui en fera ou non un événement marquant. Il ne provient pas d’une erreur objective, comme pourrait l’être une (mauvaise) relance de Ronald Zubar, mais d’un contexte particulier dans lequel le banal devient subitement déterminant. Et c’est aussi ça qui fait la beauté cruelle du sport : l’erreur est reproductible mais pas ses conséquences, et le jugement ne se fait bien souvent qu’à l’aune du résultat et du moment. Rater le tir au but décisif ? Une catastrophe qui passera sous silence un face à face raté ou des buts concédés à cause d’erreurs de marquages grotesque. Un échec individuel qui fera tout oublier, à commencer par tous ces instants X sur lequel il est difficile de donner un avis, positif comme négatif. Et comme il faut bien trouver un sujet de discussion dans les diverses émissions de débat, autant chercher plus polémique et facile d’accès. Ainsi va l’avis.

Il faudra sûrement recommencer plus qu’un match pour être champion…

Les nombreux mordus de Football Manager ont tous été tentés de sauvegarder avant la finale d’une grande compétition ou une rencontre décisive pour le titre. Parmi eux, les plus faibles sans doute, auront succombé à la tentation de quitter sans sauvegarder en cas de raté. Histoire de retenter sa chance en changeant l’un ou l’autre joueur, et en priant pour que ce putain d’attaquant ne prenne pas la tribune pour un but. Ce qu’ils constateront en cas de multiples tentatives est tout à fait représentatif d’un match de football : le résultat pourra être le même en changeant l’équipe et différent en la laissant intacte. La nette supériorité de l’autre sera difficilement compensable par des changements, mêmes opportuns, alors que deux formations de même valeur se verront départagées par un coup du sort. Un instant X. Quitter sans sauvegarder n’existant pas dans la vie réelle, difficile d’appliquer l’expression « on refait le match » dans son sens véritable, et d’imaginer ce qui se serait passé avec, sans, ou si…

« Et si ? » ou la prédominance des instances Y

Ce qui fait la magie de ces instants qui changent une dynamique, le momentum si cher à ceux qui suivent le basket américain, c’est qu’ils sont très difficiles à provoquer. Une panenka qui déstabilise un gardien et les tireurs adverses ? Vrai, a priori, dans le cas de Pirlo face à l’Angleterre ou Ramos contre le Portugal. Et après… Si les panenka ratées plombent souvent une équipe, celles réussies sont loin de déboucher sur des victoires certaines. Et il s’agit ici d’un cas où il y a volonté d’agir le moral de l’autre, une minorité dans l’espace temps d’une rencontre de football. On peut chercher à maximiser ses chances de faire plier l’autre, mais si l’instant X repose sur un facteur psychologique dans certaines situations, il peut aussi être lié à une simple infortune.

Ceci n’est pas une bonne idée.

S’il ne faut retenir qu’un seul moment décisif, la vie et le sport ne sont pourtant qu’une succession d’instants courts qui se suivent et créent une dynamique plus ou moins chaotique. Dans une compétition, il y a tous les instants Y, ces moments qui auraient pu. Beaucoup plus nombreux, ils existent tout simplement car tous les aléas d’une épreuve ne peuvent être exploités. Chaque seconde peut faire basculer le cours des choses, à condition que tous les éléments soient réunis pour que ce soit le cas. Des forces qui parfois s’annulent quand ce qui semblait être « le tournant du match » s’avère être une simple péripétie. Les évidents, ponctués d’un « heureusement sans conséquences » par les commentateurs, comme les plus anodins. Et c’est justement parce qu’ils sont entourés d’instants Y que les instants X sont si difficiles à appréhender.

Analyse et objectifs

Il ne sera pas question sur ces pages de nier les forces qui régissent un événement sportif, ce qui serait d’ailleurs contradictoire pour quelqu’un parlant tactique sur horsjeu.net, mais bien de parler de ces quelques secondes qui peuvent en faire basculer la perception. Inutile de dire que tous les sports et toutes les oppositions ne se prêtent pas au jeu de l’analyse, et que l’écart intrinsèque de niveau doit constamment être gardé en mémoire. Mais cette perception particulière, que je pense très peu exploitée, si pas jamais, permet d’avoir une vision complète du résultat, tout en revenant sur quelques instants qui ont fait la beauté du sport. Et, à terme, servira à dégager des éventuelles lignes de force favorisant ces instants X. Car, même dans ce qui peut sembler dû au hasard, n’arrive pas toujours vraiment par hasard…

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Written by linstantx

26 juin 2012 à 202 02

Publié dans Présentation

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3 Réponses

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  1. Bonjour,
    j’aime bien cet angle d’analyse!
    Mes questions: une tendance lourde est-elle une accumulation d’instants X de même orientation? Dans l’approche traditionnelle, tout ce qui crée cette tendance lourde (tactique, entrainement, talent et travail mental) ne serait donc que tentatives visant à créer ou favoriser de tels instants. Dès lors, l’instant X contraire (le csc, le poteau sortant etc.) est-il l’échec de la préparation? Prenons le récent France-Espagne de foot où en définitive, l’élimination française tient à une seule erreur de marquage, laquelle provoque un tsunami. Or, les commentaires se concentrent sur la logique apparente du résultat basée sur des critères qui ne sont pas si objectifs que ça (possession de balle mais aussi motivation par exemple).
    En fait, votre instant X est le boson qui manquait, l’instant X explique tout et devrait conquérir le monde!

    Charlot

    4 juillet 2012 at 1503 48

  2. Quel enthousiasme Charlot ! Je pense que les tendances lourdes oublient ces instants X et que les coaches visent – dans l’idéal – à créer une rencontre où ils gagneraient sans imprévu, en minimisant le risque que celui-ci vienne tout remettre en cause. L’Espagne est un bon exemple. A l’inverse, puisqu’on parle de ce match, je pense que Laurent Blanc, sachant très bien les différences intrinsèques entre les deux formations, a essayé de provoquer ces moments.

    Quand on analyse on peut isoler des causes à toutes les conséquences selon le point de vue que l’on prend. Plus que l’erreur de marquage, j’ai envie de parler de la glissade de Debuchy qui permet à Alba de partir. S’il reste sur ses pieds, l’idée de Blanc de le mettre milieu droit est peut-être jugée géniale le lendemain. C’est évidemment normal de s’interroger le lendemain, mais on fait beaucoup trop appel à la logique dans un but de tout rationaliser (bien / pas bien).

    Là où ce que tu dis est intéressant, c’est que les tendances lourdes ont tendance à favoriser les instants X favorables à l’équipe la mieux préparée. Un poteau sortant, c’est aussi un attaquant moins précis. Un CSC, un défenseur mal placée et/ou maladroit. Et je ne parle même pas du tennis par exemple, où Nadal ou Federer ont quasiment match gagné s’ils comblent un déficit sur un adversaire de moindre calibre. Ils savent qu’un coup peut les relancer, et le joueur en face le sait aussi.

    J’espère avoir été clair, c’est un sujet aussi passionnant que délicat à définir.

    linstantx

    4 juillet 2012 at 1604 55

    • Merci de ta réponse, je n’ai pas fini de gamberger!
      J’ai hâte que les commentateurs TV s’emparent du sujet…

      Charlot

      4 juillet 2012 at 1705 33


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